jeudi 31 décembre 2009

SONORA



Poussière rouge et terre brune, 
le bleu puissant du ciel a effacé la lune.
Sud de l'Arizonza, désert de Sonora, 
où l'immense cactus saguaro déchire l'horizon. 
Vers le nord du Mexique, c'est là que vont mes pas.
Le quatre quatre en panne, je sors de ma prison. 
marcher seul, en silence, nimbé du vent brûlant. 
Passé évanoui,  j'erre dans le présent. 
Là dans le dénuement, je me sens enfin libre.
Le silence bourdonne, et j'en suis presque ivre.  
Terre indienne, réserve, je la rêve immense. 
j'imagine un chaman, un vieux faiseur de pluie, 
mon esprit me précède, où le délire commence. 
Comme un lointain mirage, un village apparait. 
Si je hâte le pas, ce soir je mangerai, 
une soupe de fèves, le fruit du saguaro.
je resterai tranquille, admirant les indiennes, 
dans ce palais de vent, elles ressemblent aux reines. 
Je vais dormir paisible, oublier les inutiles mots.

TRIANGLE D'OR

A Marie...  

Commencé en Asie, c'est un film à l'envers, 
entre fleuves et rizières, c'est le triangle d'or. 
La poudre et ses combines,ici pas de héros, 
trafiquants en tout genre, seulement l'héroïne. 
Dans les champs de pavots, ils jouent avec les âmes .
Ils sont là dans la jungle, poudre blanche, argent sale. 
Corruption et misère, j'ai perdu le moral.
Demain je prend l'avion et retour vers paname. 
Octobre soixante seize, elle n'avait pas vingt ans. 
Chaque nuit elle trainait, mi femme, mi enfant, 
pâle comme un regret, près du périphérique.
Tremblante, prête à tout, pour le trouver son fric.
La marque des seringues dessine une dentelle,
sur son maigre avant bras, noire de sang et mortelle.
Elle ne m'écoute plus et cherche son dealer,
Il traine un peu plus loin, pour vendre le malheur.
Dernier shoot, dernière heure,elle est partie première.
Assis par terre , je pleure ,refermant derrière elle,
la porte de l'enfer, sur ses yeux bleus de ciel. 
Terminé à Paris, sur les quais, ce long film à l'envers.

RIP


Du feu, j'avais senti la trop brulante haleine,
au plus profond de moi, bouillonnait un sang noir.
Sous ma peau ruisselait ce poison dans mes veines,
j'hésitais ce soir là entre l'amour, la haine.
Sur le trottoir luisant, lumière incandescente.  
L'obscure vérité me déchirait les tempes,
résonnait dans mon cœur , de toute sa violence. 
Comme les tambours Burundi, de toute leur puissance.
Accrochée à mon bras, elle suivait la cadence,
elle ressentait mon trouble et restait impuissante.
Nous marchions tous les deux, seuls et en silence.
La mort était passée et sa trace sanglante.
Encore une autre fois, un autre ami parti. 
Moi, j'en voulais au monde et je haïssais dieu.
Je rêvais d'un combat, de fureur et de feu,
la douleur était là, ma fidèle ennemie.
La fièvre sur mon front creusait des précipices.
Sa main serrait la mienne, elle était ma complice.
Elle m'a trainé plus loin, vers la fin de la nuit.
Épongé tous mes pleurs, rendu gout à la vie. 

lundi 28 décembre 2009

CORNELIEN

Anthropophage, végétarien
c'est un dilemme Cornélien,
Chair humaine ou petit pois cassegrain,
retrouvé, ce matin, mort de faim.
Un corbillard roule à tombeau ouvert,
il  perd son passager, avant le cimetière.
Un cercueil explosé sur le bord de la route,
personne ne s'arrête, là tous les gens s'en foutent.
Le cimetière est vide attend son locataire,
l'agent immobilier, ne fait pas des affaires.
C'est un voyant, aveugle sans boule de cristal,
qui m'explique à mots lents, cette sinistre histoire.
Son cabinet est triste, son intérieur banal.
Le conducteur pressé du  triste corbillard,
a mis des chaussures noires,  belles pompes funèbres,
Il est parti se pendre, pris d'une folle fièvre.
Ils gisent côte à côte, ils dorment sous la terre.
Chacun son paradis et chacun son enfer.
Lui rêvait de vitesse, l'autre de légumes verts.
C'est le destin des hommes, une vie à l'envers.

samedi 26 décembre 2009

RAP

Les mots s'agrippent au beat,
mais ils dérapent vite,
s'écorchent à la musique,
pour suivre la rythmique.
La nuit est aux platines,
et l'ombre à la machine.
Écrites aux heures tardives,
à l'encre de la rue.
Paroles noires de la cité perdue,
de violence et de haine,
cachent le désespoir,
l'amour, aussi la peine.
Tombent comme des grappes,
sur le faiseur de Rap
Et quand la nuit s'achève, 
d'une cave enfumée,
d'un studio bricolé,
il nous offre un poème.

dimanche 20 décembre 2009

AIE PHONE


Petite musique lointaine
qui coule à travers toi
qui remonte furtive
dans la saignée du bras
qui tient ce téléphone
où tu ne répond pas!

ENSEMBLE

Cette nuit là était transparente, froide et noire,
glaciale comme l'absence, teintée de désespoir.
Le soleil blanc et lourd inondait en silence,
de ses rayons givrés cette obscure élégance.
Et l'astre qui brulait comme un fou ses larmes d'oxygène,
en  voulait à la terre, à l'univers entier .
Le dieu barbare qui régit les humains, sans pitié,
lui  se moque bien, de la femme que j'aime.
Et s'il me plait à moi, de regarder le ciel,
et de t'y chercher, toi, mon ombre, ma merveille.
Avec tes courbes pures, et ton ventre , ta voix,
de pierres et de velours qui coule et puis se noie.
Et tes yeux pailletés d'or et d'azur ensembles.
Ta chevelure noire, dans de la soie tissée,
s'étale sur l'oreiller , si tendre à respirer.
Tout est calme et serein comme un soir de décembre.
Le dos est rectiligne, et cambrés sont les reins,
ici  j'erre en silence au pays de tes seins.
Enfin, là je la tient, la beauté, l'innocence,
des tes lèvres si pures qui chantent le silence,
murmurent des mots fous, inventent l'existence.
Et si tout disparait, si tu m'offre l'adieu,
histoire d'amour banale, heureux ou malheureux.


dimanche 13 décembre 2009

MAUREEN

Blanche et douce irlandaise,
de Belfast à Dublin, elle a fait le chemin.
Premier rendez-vous, octobre quatre vingt seize.

C'est un petit hôtel, au fond d'une ruelle,
un lien pour s'oublier, presque une passerelle.
Vers le moment magique, où s'efface le temps,
Un jeans déchiré, un vieux tee shirt noir, la voilà, je l'entend.

Assise sur le lit, elle parle de l'enfance,
et ils me font frémir, les regards qu'elle me lance.
Me parle du dimanche, de ce sanglant dimanche.
Elle m'explique la paix, me parle de vengeance.

Dehors la nuit qui sombre,
rase les murs de briques, installe la pénombre.
Et de noirs souvenirs, se glissent de leur tombe.
les morts et les vivants pris dans le même monde.

La bouteille est finie et plein le cendrier.
Allongés côte à côte, dans les draps emmêlés.
Maureen est endormie, sous sa peau dort la braise,
demain je vais la suivre, ma brûlante irlandaise.

samedi 12 décembre 2009

FLAMENCO


La terre ocre, ou valse la poussière.
Le soleil si ardent qu'il fait fondre le ciel.
La torpeur en silence dévale les ruelles.
Murs de terre blanche, fenêtres de fer forgé.
Le guitariste est vieux, son regard est lointain.
Voix rauque et rocailleuse qui se brise parfois,
chante l'amour perdu, les voix qui se sont tues.
La guitare accompagne le claquement des mains.
Cheveux noirs, reins cambrés,

elle porte la fierté jusqu'au bout de ses seins.
Ventre brun, sang carmin , robe rouge, 
qui dévoile une cuisse, la courbe d'une épaule.
Poème triste ou sanglant,l' amour, la mort se mêlent.
Dans ce tourbillonnement,mains agiles et doigts fins,
pour attraper la lune ou cueillir le jasmin.

dimanche 6 décembre 2009

LE TATOUAGE


Elle porte un tatouage,
sur l'épaule gauche,
posé, il resta là, secret,
Visible où invisible.
Sur la chair gravée,
blanche et immaculée.
Il porte un souvenir,
un remord, un regret.
Impossible à saisir,
même sous les caresses.
Chaque jour, il renait.
Si parfois, elle l'oubli,
de partout, il la suit.
Elle porte un tatouage,
Ami, amant , amour,
mais qui donc le sait?

LA CAVALIERE

 
Le temps ricoche sur le ciel, 
éclabousse l'azur de perles de soleil. 
Au centre de la place, l'ocre de la poussière,
elle avance vers moi, la sombre cavalière. 
Elle tient le buste droit, la posture est altière.
Noire chevelure et noire crinière. 
Il est blanc le corsage ouvert sur la peau brune, 
elle s'incline vers moi, reste sur sa monture. 
Sous l'ombre du chapeau, brillent ses yeux de braise.
Le cheval est jaloux et il piaffe, alors caresse souple, 
elle flatte l'encolure du pur sang et l'apaise. 
D'une main ferme, elle m'a hissé en croupe. 
Elle parle tendrement, lèvres pleines et pâles. 
Si prés d'elle à présent, j'ai le cœur qui s'emballe.
J'ai posé mes deux bras tout autour de sa taille, 
mes deux mains égarées sur son ventre de lave.
Unis sous le soleil, nous chevauchons tranquilles,
Elle se tourne vers moi, regarde c'est Séville. 
Descendus de cheval, debout et face à face, 
le désir est ici, il prend toute la place. 
Ma belle cavalière, si brulante et si fière, 
tu m'offre ce plaisir, fait d'ombre et de lumière.
 

samedi 5 décembre 2009

LA CITE DES MORTS

Un pâle après midi, dans la cité des morts,
J'erre à travers les tombes,
je la recherche encore.
Croix de bois ou tombeau, les voila tous égaux.
Jeunes, vieux, laids ou beaux,
ils ont fait le grand saut.
Que reste t-il d'eux, perdus dans nos mémoires.
Ils sont là alignés , dans leur manteau de terre.
Leur amour et leur haine dévorés par l'espoir.
Il est là mon futur, je le crains et l'espère.
Mais dans ce lieu sinistre, quand apparait la femme,
tout au bout de l'allée, elle marche comme un drame,
imperméable gris, peau blanche et cheveux noirs,
elle s'avance vers moi, comme descend le soir.
Elle me croyais ici, moi aussi je cherchais,
Si ses yeux sont rougis, malade comme un chien,
rien d'elle n'a changé, tout en elle me plait.
Une aussi longue absence, de nos morts elle revient.