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Affichage des articles du août, 2010

INVENTAIRE

Je lègue tous mes biens. Le zippo de mon père
et sa flamme vaillante. Le sourire de ma mère
et ses paroles aimantes. La fierté de mes fils.
Une épouse complice. Mes yeux dans le lointain.  
Mes défauts et mes vices. Pour le reste, servez vous, prenez tous mes silences. Mes amours perdus, mes colères, mes absences. Je repars d'où je viens.

LA PISTE OUBLIEE

Entre jungle et rocailles, une piste oubliée. Perdue et désertée depuis tellement d'années. Passage réservé aux secrets muletiers. Mulets au pieds agiles, chargés de sacs d'or.
A l'époque maudite, avides conquistadors. Couverte du sang rouge des indiens massacrés. Légende ou vérité, on a tant raconté. Comme un serpent discret, elle s'étire en silence.
Forêt impénétrable, elle trace en pointillés. S'en va vers la montagne, redoublant de prudence. Elle marche devant moi, sans jamais hésiter. Jeune indienne maya, elle veut bien me guider.
A pics vertigineux, où la brume s'élance. Parfois nous faisons halte, partageons le silence. Elle se nomme Qocha et chantonne parfois Venue du Yucatan , elle cherche sa voie.
Sombre et lumineuse, rit de mon ignorance. Demande en espagnol, pourquoi donc es tu là. Sur la piste oubliée, deux silhouettes brunes.
Quand la nuit tombe, elle allume la lune. Bivouac de fortune, comme un ange, elle dort. La regarder, paisible, j'ai trouvé un trésor.

SIMOUN (Semoun)

Vent d'Afrique, du Sahara. De Syrie, du désert d'Arabie. Porteur de la violence, toi le sombre soldat. Soulève la poussière, redessine les dunes. Emplissant l'air limpide de ta colère brune. Tu bouges le grand erg, comme s'il n'existait pas. Millions de grains de sable, maigres touffes d'alfa. Tu nous caches le ciel de ton ocre couleur. Brûlant, dévastateur, attention voyageur. Enroule le long chèche, arrimé à ta tête. Comme un mur géant, la voila la tempête. Même les fiers chameaux ne sont pas à la fête, quand il nous rend visite, du désert le seigneur. Lorsqu'il sera parti, disparu, assouvi. Tu reprendras ta route, s'il te reste la vie.

CONCERT

Le concert c'est ce soir, reste à faire la balance.
A régler les lumières pour qu'enfin tout commence. Au milieu de la scène , la poursuite le suit. Dans les cintres, les projos pour colorer la nuit.
Les six cordes d'acier plaquées sur la guitare. Des accords qui balancent sur le son le plus noir.  Déchirent l'air brûlant de l'aigu au plus grave.  Heavy métal saignant né au fond d'une cave.
Il en a fallu du temps, de maquette à master. Tous ces milliers d'accords évaporés dans l'air. Des baguettes brisées et des cordes cassées. Pour arriver au son, comme une voix brisée. 

Du rock le plus dur en phase terminale.  Exploser les enceintes jusqu'au fond de la salle. Guitariste vivant, fait de chair et de sang. La rythmique, le beat, le tempo enivrant.
Tous frappent des mains, vibrant, le sol martelé. Dans la pénombre proche, le sourd grondement. Qui réveille les morts, transfigure les vivants. Le  déchirant cri des métallos, de métal et d'acier.
C'est une musique d…

MORPHEE

L'homme s'est endormi. Assise sur le lit, elle observe le visage immobile. Comme il semble fragile. Vers quelles terres inconnues, est il parti errer, par le sommeil vaincu. Sait-il encore rêver, ou a-t-il oublié. Et quand son corps s'agite, lorsque son front se plisse. Dans quels sombres abysses, dans quelle histoire sans suite, Morphée l'a entrainé, sans rien lui demander. Çà et là, sur ses cuisses, d'étranges cicatrices. Tout ce qu'elle ignore encore, de sa vie, de son sort. Longues mains si tranquilles, tout à l'heure, si agiles. De peur et de tendresse, elle ose une caresse. Il a ouvert les yeux, le regard perdu. A tiré doucement, contre lui le corps nu. Elle dort maintenant, dans sa nuit, ils sont deux.

TRADERS

Dans la jungle des villes, L'heure où les grands fauves vont boire. Être fort, être agile, déjà les premiers sont au bar. Chemises blanches, costumes noirs. Oublier un instant, son job et ses déboires. Derrière le barman, trône le grand miroir. Qui le renvoie à tous, ce reflet illusoire. Certains sont silencieux et d'autres très bavards. Après un verre ou deux, les plus las sont partis, retrouver un ailleurs, une femme, une vie. Les autres, solitaires, se racontent, exagèrent. Tous regardent la fille, le désir éphémère Assise au comptoir, tabouret haut perché, décolleté profond, longues jambes croisées. Les yeux perdus dans l'or fou de l'alcool, elle fume un fin cigare, là le diable racole. Ils boivent, boivent, allez le dernier verre. Avant d'aller dormir, que la vie est amère.

CANTE HONDO

Ce chant profond qui monte de la terre. Rocailleux flamenco, de sang et de lumière. Andalousie, je me souviens, elles sont là mes racines. La Sierra Nevada et la neige à sa cime. Et juste en bas, Grenade, magnifique Alhambra. La mosquée de Cordoue, Séville, sa Giralda. Le regard noir des hommes, les filles à la peau d'or. Le soleil est brûlant, il réchauffe les morts L'ignoble guerre encore, son sanglant souvenir. Ce grand fleuve qui s'étire, c'est le Guadalquivir. Il en a vu passer, des malheurs et des hommes de bien. Andalousie, je me souviens et ton sang, c'est le mien.

TORRENT

Torrent impétueux, j'ai de l'eau plein les yeux. Bouillonnants sentiments, le trop puissant courant. Son eau claire glaciale. Un brûlant idéal. Entre parois abruptes, la difficile lutte. Dans le miroir d'écume, tout redevient si pur, comme le pâle azur. Un reflet près du mien. Visage cristallin, de ma sublime brune.

OXYMORE

Silence assourdissant, Empli de ton absence. Un bien calme tourment. Une douce souffrance. Cette vivante mort. Dire jamais et encore. Ton amour et ta haine, j'attends qu'ils me reviennent. Tu es le froid soleil, ma laideur, ma merveille.

STAGIAIRE

Elle étudiait toujours,
cela avec constance,
la nuit ou bien le jour.
Prête à quitter la France,
Marseille et ses calanques,
six mois en Inde avec sa tante.
Un stage de trois mois
dans le bureau d'un ours.
La clope et le café,
tous deux faisaient la course.
Elle chantait toute seule,
rejoindre le Vercors.
Bleu pétrole, le linceul,
Hélas, Bashung est mort.
Billet en poche pour rejoindre Lima,
ses cahiers sous le bras.
Elle voulait voir le monde,
pas seulement son nombril,
aller de ville en ville.
Elle se nommait Clémence,
Voir Cuzco, le Pérou,
Huancayo, et le train des nuages.
Je vendrais bien mon âme,
pour retrouver son age...
En plein soleil, boire le rosé glacé.
Pour à la fin lui dire, allez, buena suerte.

A CONTRARIO

De la guerre à l'amour. De la nuit au grand jour. Tu erres magnifique, souriante ou tragique. C'était demain ou hier, fascinante et altière. J'étais ou je serai, celui qu'elle oubliera. Son plus sombre secret. Sa vie et son trépas.

LOLA

Petite voix cassée, se glissant sur l'air pur. Les yeux mi-clos, étrange mélopée, résonne comme un clair obscur.
Toile du Caravage, Du grave jusqu'à l'aigu. Tu m'entraines en voyage. Féminine, impromptue.
Même le soleil se tait, accroché aux persiennes. Assise au bord du lit défait. Ton chant comme une traîne.
Tu chantes en espagnol, une chanson d'hier. De ta voix douce amère, douces, amères,  paroles.
Puis revient le silence, te lèves, avec aisance. Cigarette allumée, tu m'offres tes baisers.

MICHEL GERMANEAU

Entre Mauritanie et désert, le Mali. Enlevé en avril au nord du Niger. Marché d'humain prospère, puis revendu plus tard au fanatique aqmi, habité par la haine, et vêtu d'un cœur noir. par un  chef de bande, adepte du dollar. Lui, c'était un vieil homme, à l'âme humanitaire. Mais Dieu a déserté cette terre de misère, laissant ses habitants à l'enfer solitaire. Cardiaque retraité, dans les terres du Sahel. Sans ses médicaments, un ange perd ses ailes. Quelle réaction avoir, face au plus odieux chantage. Venir aider les siens et terminer otage. Je voudrais être juste, je voudrais être sage. Mais je dois l'avouer, je rêve de carnage. Juste une sombre histoire, un cynique  malheur. Comme il est dérisoire de vivre sans honneur. Ici c'est le désert et tout n'est que mirage.