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TRIANGLE D'OR (2)



Commencé en Asie, c'est un film à l'envers,
entre fleuves et rizières, c'est le triangle d'or.
En bas de la montagne, un enfant Thaï est mort
Dans la boue, près d’un buffle, la face contre terre.

Un avion vole bas, vive air america, voila la Cia.
L’opium et sa fumée, ciel sombre trop bas.
Longue vie imparfaite, de regrets, de remords
Fumerie désuète où l’âme quitte le corps.

La poudre et ses combines, ici pas de héros,
trafiquants en tout genre, seulement l'héroïne.
Thaïlande, Birmanie, Laos, l’enfer année zéro.
Ce pauvre cœur qui bat au fond de ta poitrine,

Dans les champs de pavots, ils jouent avec les âmes
Ils sont là dans la jungle, poudre blanche, argent sale.
Corruption et misère, j'ai perdu le moral.
Demain je prends l'avion et retour vers Paname.

Revoilà l’occident, la France, le printemps.
La première cigarette et le café brulant.
Mais l’oubli ne vient pas, reste éloigné de moi.
Et chaque nuit, je vis d’invisibles combats.

Un petit bar désert, aux néons vacillants.
Loin les soldats birmans, loin la jungle birmane
Son odeur puissante, s’accroche à ma mémoire.
Ephémères rencontres, sur le fil du rasoir

Octobre soixante-seize, elle n'avait pas vingt ans.
Chaque nuit elle trainait, mi femme, mi enfant,
pâle comme un regret, près du périphérique.
Tremblante, prête à tout, pour le trouver son fric.

Son sourire c’est brisé, au miroir maléfique.
Artificielle vie dans un monde désert.
Elle parcourt la ville, pour sa poudre magique.
Le fix dans ses veines, croix de bois, croix de fer.

Le rouge coquelicot comme fleur de pavot
Teinte une dernière fois ses lèvres de carmin
Le soleil n’est plus, déjà elle est si loin.
Une main décharnée déjà tire le rideau.

La marque des seringues dessine une dentelle,
sur son maigre avant-bras, noire de sang et mortelle.
Elle ne m'écoute plus et cherche son dealer,
Il traine un peu plus loin, pour vendre le malheur.

Dernier shoot, dernière heure, elle est partie première.
Assis par terre, je pleure, refermant derrière elle,
la porte de l'enfer, sur ses yeux bleus de ciel.
Terminé à Paris, sur les quais, ce long film à l'envers.



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POIVRE ET SEL

Il y a les murs blancs,
les volets ajourés où la lumiere s’élance.
le plafond fatigué de cette pièce immense.
le sol tout usé à force d’impatience.

Les plus que parfait, écrits au passé simple,
les toujours, les jamais, agrippés à la marge,
dans le petit cahier dont j'arrache les pages.

Le cœur noir, endormit,
j'ai l’âme poivre et sel,
hésitante, hagarde, aux dessous de dentelle.

Je vois des verres froids toujours à moitié vides,
et tous ces cris sans voix à la lune livide.
Le grand lit resté là comme une confidence.

Les tuiles sur le toit, la trop vieille charpente,
ne me protègent plus, du temps et de l'attente,
immobile, vaincu aux vaines résiliences.











REMINISCENCES

Suis je mort ou vivant, autour les murs dansent,
le sol et le plafond, s'attirent, se rapprochent.
Essoufflé , tournoyant, cherchant la délivrance,
mon cerveau fatigué, à l’écume s'accroche.

Là, je vois des enfants, la cour d’école immense,
le gosse aux cheveux blond et cette plaie qu'on panse,
les genoux écorchés, les bagarres du dimanche,
tous les zéros pointés, les envies de revanche. 

Tant de départs ratés, les trains de nuit, les gares,
les verres vides ou remplis et les aubes blafardes.
les mots dits et redis, les soirées qui s'attardent,
la rencontre éphémère de l'amour en retard.

Femme assise sur moi, qui monte et qui descend,
voyage vers les cieux, qui marque la cadence,
juste fermer les yeux, perdre son innocence,
se fâcher avec dieu, pour remonter le temps.

Gisant inanimé, seul aux réminiscences,
les bribes du passé, mêlées à l'inconscience,
être ou avoir été, à l'ultime insolence.
Suis je mort ou vivant, autour les murs dansent.


Poétesses