samedi 28 septembre 2013

REFLET

Savez-vous qui je suis, ami ou ennemi.
Ne vous fiez donc pas à mon air affable.
Ne me condamner pas sur un air coupable.
Qui donc est ce visage, ce grand corps endormi.

Pour qui est ce sourire, avenant et aimable.
Savez-vous de quoi, je suis vraiment capable.
Une arme où un gouter au fond de mon cartable.
Est-ce vraiment le vent qui fait vibrer les arbres.

Ce baiser à ton cou, c'est pour mieux te gouter.
Cette bouche adorée, c'est pour te dévorer.
Comment savoir pourquoi et savoir le comment.
Qui est cette cassure entre hiver et printemps.

Suis-je, en vérité digne de vos confidences.
Menteur impénitent, habitant vos absences.
Entre peur et vouloir , ignorance et savoir
Ne me condamnez pas, je suis votre miroir.

CHIEN ERRANT



Suis chien, errant à la dérive.
Le cœur saignant et les mains vides.

De Rimbaud, chancelant, j’ai pris le bateau ivre.
Du fleuve noir, obscur, descendu les rapides.
Décrypté, une à une, les pages du grand livre.
Puis hurlé à tue-tête, qui donc m’aime me suive.

Comme Saint Exupéry, cherché le petit prince.
Au futur rouillé, où mille et une portes grincent.
Navigué sans boussole, inventer un langage.
Poursuivre le combat, sans horaire, sans trucage.

Hécate à mon côté, traversé la nuit blême.
Brulés mes yeux, à tout ce que le vent sème.
Déchiré, les nuages, pour voir leurs visages.
De leurs vaisseaux en feu, parti à l’abordage.

Comprendre que la vie est une arme létale.
Que Dieu est un menteur, son étreinte fatale.
Suis chien errant à la dérive, ni le bien, ni le mal.

samedi 21 septembre 2013

DANS LA BOUE



Dans la boue, dans la terre, j’ai trouvé mes poteaux.
Enchainés à la même galère, mes frères, mes héros.
Dans la douleur, le sang, mis nos doutes en commun.
Partagé le courage, l’honneur, ultime don de chacun.

Nos âmes décharnées, oubliées à leur tour assemblées.
Bu et re bu, encore la bière éventée de nos destins croisés.
Creusé de nos mains lasses, dans nos cœurs enterrés.
Mis à jour, des temples, des royaumes et des lieux oubliés.

Mille fois, mille jours, prêts à tout, sans jamais renoncer.
De ripailles en enfer, de vin âpre, enfin empli nos verres.
Arrachées au passé mystérieux, lourdes chaines de fer.
Quand le plus faible, aidé, à son tour, tous les autres a sauvé.

Tous et un, nous étions un regard, une voix, enfin à l’unisson.
Riches de nos différences, sur la tempe, de la vie le canon.
Dans ce pur dénuement, nous oscillions, entre passé, présent.
Ensembles nous étions, de nos fragiles corps émergeait un géant.

samedi 14 septembre 2013

PERIPHERIQUE

Sans imper et sans parapluie.
La nuit s’écoule, le trottoir luit.
Silence noir, de bruit avide.
Le cœur s'emballe et tourne à vide.

Aux immeubles pensifs qui longent le perif.
Grands murs déchirés, inélégants récifs.
Lové dans l'abribus où rode le vent ivre. 
Aux néons vacillants, clignotante dérive.

Le taxi en maraude évite les clients .
Les passages piétons, s'inventent des mirages.
Seul, un chat divaguant habite le présent.
Canettes et mégots dans le goudron surnagent.

Sur le banc de métal d'un square inhabité.
Immobile, j’attends encore, j'attends.
Lampadaire rouillé, le soleil revenant.
Nos âmes esseulées s’ébrouent dans la cité. 




dimanche 8 septembre 2013

JARDIN DE PIERRE.



Me voilà endormi, dans ce jardin de pierre.
Allongé près des autres, je garde un œil ouvert.
Tout le corps en alerte, prêt à reprendre l’air.
Aligné, bien tranquille, sous mon manteau de terre.

Dans la cité tranquille, mes voisins se sont tus.
Ils sont tranquilles, ici, ces nobles inconnus.
De nos âmes cassées, le diable s’est repu.
Les filles sont couchées, et toutes dorment nues.

C’est donc cela l’enfer, ce camping cossu.
Plus moyen de parler, de chercher l’impromptu.
A l’apéro du soir, des vers encore des vers.
Ensemble nous trinquons, une ambiance d’enfer.

J’avoue, j’imaginais une fin moins pépère.
Tambours et trompettes, une superbe fête.
Je voudrais me lever et laisser Lucifer.
Mais lorsque l’on est mort, que la vie est amère…

samedi 7 septembre 2013

IL Y A DES SOIRS...



Il y a des soirs où l'encre est noire,
des nuits obscures, des nuits sans phare.
En silence, mettre nos montres à l’heure,
et poursuivre le temps au fond des ascenseurs.
Rechercher le passé dans le fond de nos verres,
les vapeurs essoufflées de cet alcool amer.

Lové dans ma mémoire, ce poème barbare,
fait de mots arrachés, de pluie et de brouillard.
Cervelle déchirée au fil d’un rasoir,
Brisés tous les miroirs, au bout du corridor.
Éclats de vérité, ignorance et savoir.
Éphémère funambule, entre la vie, la mort. 

A peine arrivé, être prêt  au départ.
Trop de vaines promesses, mots vides, illusoires.
Bien frêle silhouette, dessinée sur l’abysse.
Rafistoler en vain,  ce branlant édifice.
Des nuits obscures, des nuits sans phare.
Il y a des soirs où l'encre est noire.