dimanche 20 octobre 2013

ERRANCE

C'était il y a longtemps, vous n’étiez pas présent.
Sur un monde brulant, où seul soufflait le temps.
Vent de terre puissant, chassant la mer au loin.
Bien terrible aventure, dont je fus le témoin.

Au ciel découpées, vagues de sable hurlantes.
Nuages lourds et gris dont la pluie est absente.
L’océan disparu, nos grands vaisseaux à nu.
Nos trois mats, dans les dunes un à un disparus.

L'humain semblait perdu, se recherchait un port.
Toutes voiles dehors, de poussière et de brume.
Fendant la mer d'ocre, je l’aperçois encore.
Fière étrave, altière silhouette accrochée à la lune.

Noir vaisseau fantôme, de l'aube à l'aurore.
Glissant sur le désert, dans une gerbe d'or.
Il se moquait du temps et réveillait les morts.
De son mat le plus haut il indiquait le nord.

Laissé au seul hasard, interminable errance.
Finir par comprendre, juste saisir sa chance.
Nul besoin de sextant,nul besoin de compas
Juste apprendre à voir ce que l'on ne voit pas.

BLAST

 
Tout au long de la route,
De sable et de bitume, par le vent balayée.
Véhicules brulés, carcasses calcinées
La mort guette la faute, cachée aux i.e.d *
Collés à mon treillis, la poussière et le doute.
Raidi par la sueur, la crasse, aussi la peur.

Bonne mine, grise mine, je suis un démineur.
La mine est sans charbon, juste poudre et boulons
Marcher à pas comptés, armure de cosmonaute.
Se hâter lentement, si j'ai tort, je saute.

Autour c'est le silence, elle est si loin l'enfance.
Un mètre, encore un mètre, horreur ou délivrance.
Les rides sur mon front agrippent la sueur.
Comme tambour géant, j'entends battre mon cœur.
Une fois dégagé, suivre le fil d'Ariane,
Repérer les couleurs jusqu'au détonateur.
Rester juste et patient, ne pas perdre mon âme,
Démêler un par un les fils de ce drame. 

Si le souffle géant,m'inonde de ses flammes,
Partir sans regret, quand le monde se damne.
Mais je dois réussir, aux enfants le bonheur.
Le diable en pénitence, je suis un démineur.

*Improvised Explosive Device

samedi 19 octobre 2013

ENCRE SECHE

Dans le soir, à ma plume l'encre est sèche.
De l'absence fatale, j'ai allumé la mèche.
L’âme vide et déserte, habillée de tourment.
Du silence létal,  j'ai reçu le présent.

Plus quiconque avec qui partager le présent.
Lorsque les mots sont vains, accrochés au néant.
Quand s'efface la feuille, bordée de cicatrices.
C'est une nuit sans fin, de l'oubli les prémices.

A mon cœur immobile, fragile métronome.
De mes sombres regrets, enfin faire la somme .
Cette page muette dans mes yeux se reflète.
Cent fois, lue et relue, cette lettre déserte.

Il faut tirer des bords, pour rejoindre le port.
Figé comme le froid, là, je reste au point mort.
Où donc est elle passée, ma trop brulante flamme.
J'ai beau me démener, mon stylo est en panne. 




 


dimanche 13 octobre 2013

ROBERT CAPA

L’œil  de Robert Capa.
Sanglante guerre civile.
Républicain fragile.
Frappé,il tombe là.

En septembre trente six
De la mort, l'abysse.
Photo en noir et blanc.
Objectif rouge sang.

Espagne déchirée.
Familles écartelées.
Mur des fusillés.
La mort racontée.

L’œil  de Robert Capa.
La sanglante Omaha
Trempé, transi de froid,
Derrière son leica.

C'est la première vague.
Péniche ventre ouvert.
Un cliché pour l'enfer.
Dans le cœur une dague.

Cette marée humaine.
Partout il nous entraine .
Au coté des soldats.
Il fait voir ce qu'il voit.

L’œil  de Robert Capa.
Dans la boue d’Indochine
En mai cinquante quatre
Il faut encore se battre.

Déjà la quarantaine.
Troupe en marche à Thai-Binh
Il marche sur une mine.
La fin d'un photographe.

CRASH

Disparu d’un seul coup de vos écrans radar.
Anonyme, inconnu plongeant dans le brouillard.
Warning rougeoyants allumés bien trop tard.
Le compas déréglé, agrippé au hasard.

Gouverne et palonnier bloqués, je fonce dans le noir
Piqué interminable, altimètre malade.
Je suis short pétrole, les réacteurs en panne.
Mayday, mayday, appels interminables...

La vitesse est tombée, limite décrochage.
Volets au maximum et train d’atterrissage.
Toute une vie défile, collée au paysage.
Inverser la poussée, freiner jusqu'au blocage.

Me voila écrasé, sur ce bout de trottoir.
Dans cet hivers glacial, je gèle et je surnage.
Juste seul à présent, pour l’ultime voyage.
Abandonné de tous, sans dieu et sans espoir.

dimanche 6 octobre 2013

VITALE



Elle est mon assurance.
D’ardeur et de patience.
C’est ma carte vitale,
Ma vie paranormale.
Grand yeux sur la photo.
Ou le ciel est plus beau.
Fais de gris et de vert,
Ils sont lacs et déserts.
Quand sous la mèche brune.
Ils sont mon clair de lune.
Puzzle en noir et blanc.
Ils m’inventent le temps,
le retour d’un printemps.
Ou j’espère et attend.

samedi 5 octobre 2013

PARE-BALLES



A la voute de pierres, le silence résonne.
La muette lumière, à l’ombre s’abandonne.
Tranquille crépuscule vêtu d’un ciel pur.

C’est un éclair obscur, qui s’arrache des cieux.
A la terre éventrée, du fer, la morsure.
Trop béante blessure, qui nous brûle les yeux.
L’obus est arrivé, de néant, son armure.
Hagards, hébétés, entre vivants et morts
Les corps déchiquetés, ici, pas de remords.
Dans la boue, dans le sang, le diable bouge encore
Je ne sais plus l’endroit, j’ai oublié la date.
Pas trop fiers, les dieux, fuyaient en toute hâte.
A l’abri de l’ego, cherchant l’excuse adroite.

Qu’importe le pays, de l’Afrique à l’Asie.
Exode ou attentat, de New-York à Paris
Echangés tous nos mots pour des gilets pare-balles.
Survivre, en esclaves soumis d’un dieu hydrocéphale.