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Affichage des articles du novembre, 2013

SECRET GARDEN

C'est un jardin secret, de ronces et de broussailles.
Toujours dans ma besace, avec moi, où que j’aille.
Caché au fond de moi, aux replis de mon âme.
Que savent-ils, vraiment, de ma muette flamme.

A l'ombre, à la lumière, silencieuses paroles.
Se dire entre les lignes, au gré des herbes folles.
Dans ce lieu où je garde, bien à l'abri du monde.
Tous ses rêves fragiles, ses lèvres vagabondes.

Impalpable, éphémère, comme l'amour dans l'air.
Sous le plafond de verre, brille le cœur des femmes.
Petite fleur qui pousse, de douceur et de charme.
Invisible regard, brillant, sous la brune crinière.

APERÇUE

Brune, impénétrable, comme une nuit sans lune.
Elle trotte devant moi, petits pieds, jolis pas.
Dessine une dentelle, de neige, de bitume.
Sa mince silhouette se hâte dans le froid.

Cachés sous le manteau, sous le pull de laine.
Petits seins portés haut pour cacher le cœur gros.
Elle avance pressée, avant que la nuit vienne.
Rejoindre sa demeure, mettre sa vie au chaud.

Se retourne parfois, grand yeux brillants, noisettes.
Entre nous la distance augmente et diminue parfois.
Être ou paraitre, si près et si loin à la fois.
Le passé, le présent, hilares à la fenêtre.

Disparue d'un  seul coup happée par sa villa.
J'ai poursuivi ma route, restée seule derrière moi.
De l'amour, de la vie, bon ou mauvais élève.
Quand hasard si joli, vient effleurer mes lèvres.

Aucun mot superflu, aller muet, à l'essentiel.
A ma brune inconnue, à mon rêve sans ailes.
Elle trotte devant moi, petits pieds, jolis pas.
Sa mince silhouette se hâte dans le froid.

OCRE DE CHAIR

Essence de térébenthine, agaçant les narines.
Lumière tombant d'en haut sur ses courbes divines.
Lorsque la nuit s'éteint, le jour vient et s’étire.
Le soleil sur les draps s'agrippe au souvenir.

Peindre une femme, en quelques touches.
Près du grand pot de verre où les pinceaux s'agitent.
Assise près de moi, tout en elle m'invite.
La palette endormie, aux couleurs qui se couchent.

Les yeux d'abord , les yeux, leur couleur de fièvre.
Deux lanternes magiques, éclairants, l'ovale du visage.
Le carmin pour la bouche, lorsqu'elle me tend les lèvres.
Puis, s’élance le cou, du généreux corsage.

Lorsque fusain fébrile, invente un paysage.
De courbes et de chaleur, comment donc rester sage.
Offertes et dérobées, que de formes entêtantes.
Ocre de chair, intense, où le diable me tente.

Le chevalet a chu, la toile git au sol...
A-t-elle voulu donner au peintre son obole.
A qui donc est ce corps, lové tout près de moi .
Pour elle, pour moi, je peins avec les doigts.

INDIFFERENCE

Qui donc cache-t-elle derrière sa feinte indifférence.
Épouse, femme, mère, dans la présente absence.
Chaque jour, je la vois, sait-elle que je suis là.
Sous mes sourires béats, ce tendre désarroi. 

Son cœur est déjà pris, et l'aimer, point ne dois.
Trop d’années sont passées à faire sa vie sans moi.
Son âme verrouillée aux solides cadenas.
D'une belle existence où je n'existe pas.

Mais rêve-t-elle encore, où donc est l'animal.
Chacun de ses soupirs respire le scandale.
Sous les huées de tous, cet amour amoral.
Le désir étouffé sous une vie banale.

Je me fais des idées, c'est sûr, sans aucun doute.
Reprendre mes esprits et poursuivre ma route.
La vie est ainsi faite entre remords, regrets.
Alors j'ai compris, si j'aime je me tais.

CHAINES

Ne cherchez plus ici, l'amour, la tendresse.
Je suis vaisseau fantôme, brulant feu de détresse.
Allant à l'essentiel, point de chose futile.
Un jour de plus encore à ce monde servile.

Le vent poussant les jours a desséché nos âmes.
Ni vainqueur ni vaincu à l’horizon de flammes.
Toujours, avance encore la nuit où je me damne.
Invisible océan, traversé à la force des rames.

A nos bancs enchainés, comme des loups hurlants,
Galère du fond des temps, métal, chair et sang.
A coups de poings, de pieds, défoncés une à une.
les portes de l'enfer, brillant, seul sous la lune.

Laissé nos lourds manteaux de haine et de rancune.
Redécouvert les mots, les larmes unes à unes.
C'est au ciel violet, comme des yeux, les cernes.
Que nous avons jeté notre dernier blasphème.

Si chaque soir, je meurs aux cieux noirs des abysses.
Chaque jour je renais, à mon rêve complice.
Tourné le dos, sans crainte à tous ces dieux cupides.
Laissé la mort, perdue, seule à son cœur aride.

HUMAIN

C'est sûr, qu'à cette allure je vais droit dans le mur.
On me l'a pourtant dit qu'ici-bas rien ne dure.
Que tout ce que j'écris, le temps me le rature.
la vie coule de moi, d’innombrables blessures.

De vérités coupables, déguisées en destin.
Redoutables pensées, oubliées aux chemins.
Éternels amours, envolés au matin.
Rires et larmes mêlées comme alcool de grain.

Le sable et la poussière entre début et fin .
A la sombre lumière, aux fantômes des miens.
De jungles et de rizières, où le monde s'étend.
Tant de rêves furieux, balayés par les vents .

Cette vie de métal, appuyée sur ma tempe.
Quand bat la veine bleue d'Abel ou de Caïn. 
Le futur incertain qui chaque nuit me hante.
Ce monde dérisoire où je rime sans fin.




EPAVE

La coque hors de l'eau, le géant agonise.
A sa peau de métal, le sel qui s’éternise.
Rides d'acier rouillés, hurlent à la mer promise.
Le ventre déchiré sur les chevaux de frise.

De la poupe à la proue glisse le temps humide.
Ce grand corps métallique aux rouages livides.
De bâbord à tribord, s’étire le bastingage .
Du soleil rougeoyant, le dernier abordage.

Il en faudra du temps, des heures interminables
Manteau de fer brulant, pour finir sur le sable.
Quand un frisson malsain parcourt son étrave.
Bateau fier et puissant veut finir comme un brave.

De l'invisible houle qui monte des machines
Dans un dernier sursaut, l'immense gouvernail,
s'agite et puis s'incline, au vent des guillotines.
Déjà ils sont là-bas, chalumeaux et cisailles.

FRAGILE

Quand l'horizon se noie  au bout de l’océan.
Quai des brumes et crachin, se décrochent du ciel.
En haut dans le lointain, plantée au lit du vent.
Herbes rares et granit, s’élève la falaise.

Elle est là minuscule, face au monde marin.
Le gros pull de laine, cœur battant sous les seins.
Elle avance sereine, veut peindre le gros temps.
Planté les bras en croix , le chevalet se tient.

Blanche toile accrochée, caresse du fusain.
D'un revers de la main, elle invente un dessin.
Quand la bourrasque vient se coller à ses lèvres.
De l'air froid et salin, elle devient l’élève.

Le pinceau imagine, de lourdes vagues agiles.
Dans le crane , tempête, elle laisse aller ses mains.
je la regarde au loin, si forte, si fragile.
Belle et indocile, femme heureuse qui peint.

MANGROVE

C'est un ciel enchainé aux nuages.
Mangrove aux grands pieds torturés.
Mille pattes immergées de noirs palétuviers.
De peurs inavouées où le serpent surnage.

De mer et de marées, ma fièvre tropicale.
Je suis un marécage où le doute s'étale.
De mon cerveau malade, insectes décharnés.
Volant dans l'air putride, se sont mis à errer.

Dans la boue déchirée là, je traine mes bottes.
A la nuit, assommé où le rêve m'emporte.
Fleurs de jungles maudites à mon délire s'invitent.
Malaria et palu comme pieuvre s'agrippent.

j'ai trainé ma carcasse jusqu'aux verres de mescal.
Ici pas d'infirmier,encore moins d’hôpital.
L'alcool fort me brûle, je deviens animal .
Entre l'amour, la mort, devenir minéral.