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Affichage des articles du février, 2016

L'EAU VERTE

L'eau verte,
Les arbres, pieds dans l'eau et tête dans la brume,
cris de singes, d'oiseaux, insectes ronronnant.
Grand fleuve immobile, zigzaguant sous la lune,
pirogue silencieuse glisse à la vie qui dort,
au frêle clapotis des poissons carnivores.

Quand les bottes se noient à la berge boueuse,
l'hypnotique serpent s'étire, à l'humus saignant.
Hamac et feu de camp, moustiques délirant,
à la jungle tapie entre morts et vivants.
Petit verre de mescal qui me brûle en dedans.
Sous ton tee shirt humide, je devine, je vois,
dressés, prêts au combat, jolis seins de guerrière,
assise près de moi, amazone si fière.

LE BESOIN

C'est le besoin, ce besoin fou, délirant, qui émergeait enfin derrière nos non-dits, nos yeux clos, nos errances. Ce besoin de donner, mais aussi de tout prendre. Cet abandon à l'autre comme une vague immense. Cet impérieux besoin qui ne veut plus attendre, ce désir de nous, cette brûlante absence. L'inextinguible soif qui emmêle nos jambes, nous laisse souffle court sur la carte du tendre. Cet autre monde enfin, où la peau si ardente, se colle à l'autre peau frémissante, impatiente. Ce long gémissement, cette plainte lascive, c'est le besoin de nous, c'est le besoin de vous.

J'IRAI

Entre l'aube, l'aurore, le temps, les herbes folles,
j'irai taire le bruit, le bourdonnant silence.
J'irai l'âme à la vague,
pour fumer tout l'alcool et boire le tabac.

A l'ombre, à la lumière, aux néons pathétiques,
j'irai fermer les yeux à la voute céleste,
parcourir titubant tout le temps qui me reste.
La brume, le brouillard, le cœur clos, agueusique,
seul tourbillonnant aux rames de métro.

Corps de femme incertain, flottant comme un drapeau,
colle à la peau de fièvre entre hier et demain.
J'irai comme un voleur,
rasant les murs et les affiches,
au dédale des rues, aux heures maléfiques.

Puis j'irai vous rejoindre au coucher de la nuit,
derrière les persiennes, au profond de l'oubli.

A L'EPISSURE

Du bout des yeux, du bout d'émoi,
Émaux des « moi », émoi des mots,
Relire de toi, les mille maux,
Tendres ratures à ta peau.

Bassin ondule, seul au calice,
Désir de boire, feux d'artifice,
A ce ciboire les lèvres glissent,
Tourbillonnantes, elles sont supplice.

Rose bourgeon, bouton de rose,
Lorsque la bouche s'égare, ose,
Au petit cœur, baiser ardent,
Onde vibrante, monte et descend.

Corps cognant à l'épissure,
Valse enivrante, douce brulure.
Cette mort lente qui susurre,
va et puis vient, comme un murmure.







Peinture Carlo Caravagna

LA PORTE

Sitôt poussée la porte,
Je veux happer ta bouche et fondre sur ta langue,
te pousser sur le lit,  je ne peux plus attendre,
corps à corps vacillants, lumineux aux draps blancs.
Découvrir de toi, monde chaud, chair tendre,
extatique fragrance ou le désir s'élance.
Parcourir mille fois ton intime naissance,
laisser aller mes doigts à cette humide attente,
pour apprendre à genoux, à lire sur tes lèvres.
Être compte à rebours, m'enivrer à ta fièvre.
De la belle maitresse, devenir l'élève.

CE FEU

Si vous étiez ce feu qui couve sous ma cendre, ce long gémissement que je ne peux entendre.
Souffle rauque, puissant, qui s'élève le soir,
pour venir effleurer tant de mots dérisoires.

Si vous étiez ce feu qui couve sous ma cendre,
fragile, frémissant, ce désir si tendre,
d'offrir, de donner, sans jamais vouloir prendre,
s'endormir aux mots, s'y perdre, s'y étendre.

Si vous étiez ce feu qui couve sous ma cendre,
Cet autre si lointain, charme fantomatique,
ni hier, ni demain, le désir va si vite,
ce manque incertain, cet amour qui palpite.




Peinture Lev Tchistovski

REFLUX

C'est la nuit blanche,
Plafonnier hésitant, clignote à la tempête,
Lignes courbes, vibrantes, entre les pieds, la tête.
Bouches et lèvres mordues, langues qui s'entrechoquent.
Caresses esquissées qui réveillent la bête,
Frissons qui se découpent, s'égarent, nous transportent,
Monts et dômes érigés, ouverts, visités,
Doigts et mains emmêlés,
Terres inexplorées se mouillant à ce soc,
Au flux et au reflux que le désir apporte.
Quand l'air se faire rare et que le cœur halète,
Que la chair assoupie, se réveille, veut naitre.
A la vague, au flot, enfin tout se permettre,
Chavirer à la fin, mourir à ce sillage,
Les yeux clos, ruisselants, au plaisir de passage.




Peinture Lev Tchistovski 

FURIE

C'est le désir de vous, Cette mer en furie qui roule, me dévaste.
Ce fou désir de vous,
qui me rend idolâtre.
Ce flux et ce reflux qui m'aspirent, m'éclatent,
Je fonds, et me dissous, je glisse, je me perds,
à la grande marée, au souffle de la chair.
Il y a le monde et vous, votre peau et le reste,
Tout cet amour de vous,
Et la vie à l'envers.


Peinture Tamara de Lempicka 

NI LE BIEN, NI LE MAL

Ils mordent jusqu'au sang tous ces mots qui s'agrippent, se tendent au désir, en volutes magiques.
Ardents ils se consument et t'invitent aux mirages,
à cette envie masquée qui se tait à la marge.

Plus de sons, aucun bruit, seulement la musique,
des mots qui se délectent à la chair éblouie.
Quand le diable sourit, tu tires sur ta laisse,
immobile, vaincue aux profondes caresses.

Mille phrases ondulantes, qui s'étirent à la page,
voyagent au long court pour faire ta connaissance.
Tout au bout de la nuit, ce frisson animal,
puissant frémissement,ni le bien, ni le mal.


Peinture Eric G Thompson  

IL SUFFIRAIT D'UN RIEN

Lorsque le temps s'étire, zèbre l'âme de rides,
opaque les yeux secs au rideau des paupières.
Quand le cœur devient sourd, passe la marche arrière,
ne reconnait plus rien, s'égare apatride.
C'est l'hiver annoncé, le givre sur nos lèvres,
qui oublie de briller, efface tous nos rêves.

Il suffirait d'un rien,
D'une aube moins amère, d'un parfum oublié,
de ce pâle soleil qui frôle enfin la chair,
cette bouche effleurée, un soupçon de dentelle,
pour ressusciter, au désir, à la fièvre,
à cette envie d'aimer, qui défroisse nos ailes,
puis s ‘en va voleter aux lumières charnelles.